J’SUIS SNOB – L’ART D’ÉTALER SA CULTURE

J’AI UN ÉNORME QI.

Loin de moi l’idée malveillante de vous rendre jaloux mais disons que mon chiffre oscille entre celui d’Albert Einstein et celui de Garry Kasparov, maître aux échecs. Avec ses 230 points, Terence Tao, le Mozart australien des mathématiques fait figure de génie pur quant à lui ! Mais bon, disons que je me situe au milieu, un génie mitigé, ce n’est déjà pas si mal non qu’en pensez-vous ?

Appelez-moi comme vous voulez, HP – Haut Potentiel – précoce, hors normes, zèbre, surdouée que sais-je ? J’ai une intelligence et une culture générale bien supérieures à la moyenne, c’est un fait avéré ! Voyez que j’ai la délicatesse de ne pas étaler les numéros à tout va ! Je suis pourtant une femme de chiffres.

L’intelligence est une chose bien sûr, mais comme j’ai du temps pour moi, j’ai assis et assieds encore ma culture générale en me renseignant sur tout et sur tous. Ma soif d’apprendre et celle – inévitablement corrélée – d’étaler comme de la marmelade mes acquisitions cérébrales – sont inépuisables. Cela dit, je dors très peu, c’est tout à mon avantage. Je préfère voir, entendre, lire, écrire, questionner. Je sommeillerai quand je serai morte, si j’ai finalement je trouve le temps de le faire !

J’ai obtenu des notes phénoménales au baccalauréat et, les années suivantes, des trophées de mentions accrochées dans mon bureau de ministre. J’ai hypokhâgné pour tenter de rentrer en vain dans le moule et terminé par un DEA de littérature médiévale à la Sorbonne. Oui médiévale, pourquoi pas ? Cela aurait été si commun d’élire par facilité la littérature contemporaine ! J’ai préféré étudier l’ancien français, langues d’oïl et d’oc, et un peu de latin pour la gymnastique des déclinaisons, ça ne peut faire de mal à personne ! Je songe encore à reprendre des études, peut-être de la théologie ou du cinéma pourquoi pas, ça pourrait me servir à l’occasion !

Chaque semaine, je quête inlassablement les occasions de réfléchir. Je vais deux fois au cinéma, une fois au théâtre, une autre au concert et même au ballet si je suis d’humeur tourbillonnante. Je m’autorise aussi quelques étapes semi-gastronomiques pour découvrir les légumes oubliés ou les variantes de la sauce chimichurri, fleuron des assaisonnements argentins. Il n’y a pas de sous-culture après tout et les nourritures terrestres supplantent parfois les nourritures spirituelles ! Mieux vaut être bec fin, on est ce que l’on mange !

Je lis deux livres a minima par semaine, de l’essai au roman en passant par la poésie classique ou contemporaine indienne, de Rabindranath Tagore à Philippe Delerm en passant par les chansons de geste et les textes à contraintes de l’Oulipo. J’écoute  Biolay, Patti Smith et Grand Corps Malade et j’épluche la presse comme un chou-fleur pour être au courant de tout ce qui se trame en ce monde. Je suis curieuse. Curieuse et insatiable. J’ai un avis sur chaque sujet et la tempérance n’est pas ma principale qualité, je dois bien l’admettre. Je creuse, je tranche, j’assomme, j’encense, je tue dans l’œuf ou je promeus avec endurance et foi tout ce que la Culture propose à mes neurones avides.

Moi vaniteuse ? Non, si peu, vraiment ! Je suis juste gourmande de mots, de sons et de visions, les débats sociaux et spirituels m’enchantent et je vois la gastronomie et le sport comme des extensions physiques de mon savoir.

Alors je lis les Goncourt à la chaîne, je revois les classiques poussiéreux de ma bibliothèque, je cours les colloques scientifiques et les congrès sur l’intelligence artificielle, je tournicote entre les rayons des bouquinistes en quête d’incunables, je liste les expositions à voir absolument et celles à m’auto-suggérer si mon emploi du temps le permet, je connais mon Arcimboldo et mon Peter Saul sur le bout des yeux, je déclame du Victor Hugo à l’envi et je sais mon Prévert par cœur. Ça me rend intransigeante avec les matières grises fainéantes. J’avoue, je ne les comprends pas ! Que peut-on trouver d’appréciable à passer une journée les yeux rivés sur l’horizon, les pieds dans le sable avec des lunettes de soleil vissées sur les naseaux ? Je ne suis pas un lion dans un zoo, je ne peux pas passer mon temps à lambiner au soleil étalée comme une crêpe suzette, qu’en pensez-vous ?

J’écoute France Inter en me douchant – une rediffusion  du « Masque et la Plume » ou un podcast féminin de « La Poudre » sur les icônes féminines actuelles – je marche dans la rue avec mes écouteurs bien enfoncés dans mes oreilles en chantonnant du Léonard Cohen quand je déprime et du Philippe Katerine quand ça va bien – et je prévois tous mes périples en mode culturovore. Buller n’est pas une option pour moi.  J’accepte d’être fatigante tant que je ne suis pas fatiguée de moi-même.

J’ai également une vie intérieure très riche. Je sais aussi puiser en moi-même des pensées très satisfaisantes. Je fais du Qi Gong pour booster mon énergie et j’arrive à méditer activement si je suis en vacances.

Et puis j’écris, évidemment, je suis auteure ! Comment pourrait –il en être autrement ? Il faut bien que le monde puisse lire et relire ad vitam aeternam les idées si intéressantes et tellement innovantes qui jaillissent à toute heure de mon cerveau non ?

Ce serait bien idiot de ne pas vous laisser éclairer par mes lumières !


TEXTE : Françoise Sans Gants
PHOTO : Emmanuel Passeleu
MAQUILLAGE – COIFFAGE : 9hSpa (Kevin-Yohann Pire)
STYLISME : Kza & Féminin Singulier
LIEU : 9h Spa