AABE: Architecture de rêve

Rencontre avec les œuvres de l’architecte belge Bruno Erpicum.

Théâtre du quotidien, la maison n’est plus seulement un temple de l’intime mais une réponse créative à l’activité humaine.

Homme et habitat mais aussi et surtout environnement, voilà les variables de l’équation à résoudre pour l’atelier AABE. Chaque projet est abordé avec une volonté inébranlable de créer l’unité de ce qui fait le monde : la matière. Ou plûtot les matières : humaines, minérales, végétales… De ces combinaisons complexes, il s’agit moins de construire que de sculpter des résidences de rêve.

L’Atelier d’Architecte Benoit Erpicum s’emploie depuis près de trente ans à réaliser ce dessein en recherche de proportion avec pour but l’abolition de toutes formes de décorations. Une façon d’échapper aux modes et d’inscrire non pas un style mais la ligne Erpicum.

Genèse de l’atelier

Lorsqu’il termine son parcours d’étudiant au sein de l’Institut d’Architecture Saint-Luc à Bruxelles, l’architecture post-moderne est en vogue. Un mouvement installé en Europe depuis la fin des années 70 marqué par un retour aux ornements et ordonné, de préférence, par la symétrie. En réponse à ce refus de la nudité moderne préféré par Bruno Erpicum, ce dernier quitte sa Belgique natale pour le Pérou puis l’Afrique du Sud où il restera de nombreuses années. En 1987 alors que le pays est secoué par des tensions politiques, l’architecte rentre et fonde AABE.
Dès la création et pendant une quinzaine d’années, il n’a pas été aisé de faire vivre l’équipe avec les seules commandes souhaitées, d’autres sont identifiées comme alimentaires par l’architecte, il faudra attendre les années 2000 et l’arrivée d’internet pour que les projets de commandes prennent un nouvel essor.

Archi’culture

“Internet a fortement changé les mentalités, jusque-là nos realisations étaient majoritairement implantées côté flamand. A force de travail et d’énergie nos géographies d’intervention se sont étendu. Je suis très têtu !” La Belgique biensûr mais aussi l’Espagne, la Grèce, les Caraïbes, le Portugal, les Etats-Unis, le Maroc… Rares sont les territoires encore vierges de la marque Erpicum.
Ne pas choquer l’organisation des courbes environnementales, mieux les sublimer avec des lignes plus radicales. “L’architecture moderne simple telle que nous la pratiquons s’oppose à l’architecture de décoration où l’on ne trouvait les choses belles que lorsqu’elles étaient très décorées. Nous recherchons la seule justesse des proportions. Le travail de l’architecte, c’est avant tout d’écouter le terrain.

Ce qui est beau, ce qui est moche, tout ce qui en émane et de lui répondre avec un bâtiment. Tout doit être évident.”
Plus qu’une affaire de goût, Bruno Erpicum considère que l’architecture est une question de culture. Et il ne tarde pas à évoquer son premier choc d’archi alors qu’il est à Los Angeles et se tient face à une œuvre de Frank Lloyd Wright puis aussi au pied du pavillon de Barcelone de Mies Van Der Rohe. “Nous n’inventons rien, nous essayons de faire aussi bien que ce qui s’est inventé dans les années 30. Le meilleur n’est pas non plus ailleurs. Avec De Konnick, Le Corbusier, l’Europe a montré et demeure un centre de création majeur.”

Colosses d’élégance

La passion avec laquelle Bruno Erpicum et ses collaborateurs évoquent leur métier trahit sans équivoque le génie mis en œuvre dans leurs réalisations. Véritables colosses d’élégance, l’intégration de leurs bâtisses dans l’espace est totale. Mais il ne faut pas y voir une quête de prouesses techniques, parfois apanage de certaine architecture, les plans s’effacent là derrière la philosophie d’une architecture à vivre et non à regarder.

“Nous savons tous que nous ne vivons pas seulement grâce à quelques protéines qui nous permettent de fonctionner : la qualité de notre vie, la force de nos souvenirs, l’importance de nos échanges interpersonnels, la lecture de l’environnement, tous ces moments résonnent en nous comme des émotions.”

Faire que tout soit en ordre évident mais résister aux évidences, voilà les enjeux de l’atelier. “Si on a la chance d’avoir un terrain avec vue sur la mer, ne peut-on pas créer autre chose qu’un bâtiment avec la gueule ouverte sur la mer ? Il faut offrir des refuges, des grottes, ajouter de l’obscurité…”
Hier à Genève, demain à Ibiza pour le suivi d’un chantier de rénovation d’une ancienne finca traditionnelle où il s’y engage ; rien des anciennes patines à la chaux centenaires ne sera menacé mais conservé à la faveur de ses croquis concentrés sur les hauts et les bas de la construction.
Là où nous ne voyons que briques et parpaings, Bruno Erpicum jongle avec les particules élementaires de la création et il y a du divin à cela !

AABE
Bruno Erpicum
www.aabe.be